lowikdelic-les Elukubrics

12 janvier 2012

Renaud Matignon "La liberté de blâmer..." Ed Bartillat 1998

 

Aspiré par l'universel cabotin, Christian Bobin dans son livre L'Inespérée cultivait le genre penseur et nous offrait cette sentence éternelle.

"C'est toujours l'amour en nous qui est blessé,

c'est toujours de l'amour dont nous souffrons

même quand nous ne croyons souffrir de rien."

 

Ce commentaire avisé ne réclamait pas moins que la quatrième de couverture du dit bouquin inespéré.

Tout était alors pour le mieux, mais l'ouvrage fut envoyé à Renaud Matignon, qui officiait à l'époque (1994) -et ce depuis perpète- comme critique littéraire au Figaro.

9782841001781FS

Il en rédigea un article intitulé "Les mésaventures du charabia"

J'en recopie une petite sélection pour mon douteux plaisir.

 (...)

"Dans ce ton léger, à peine plaintif, à peine élégiaque se devine aussitôt une arrière-pensée d'aphorisme, une sorte d'aspiration à l'universel en même temps qu'au charme des mots employés pour le seul plaisir qu'ils dispensent. Toute phrase, si peu que ce soit, est déjà un manifeste: ici s'annonce, délibérée ou implicite, une prétention au classicisme, et le désir d'affirmer les droits de la littérature, voire de la poésie, loin des jargons et des messages qui continuent de barbouiller le papier imprimé, loin aussi du débraillé qui essaie vaille que vaille de s'ériger en ersatz du style. Qu'on accumule, en trois ligne, l'emphase et les fautes de français, c'est un peu embêtant, quand ces trois lignes sont censées être des émanations de la qualité littéraire retrouvée"

(...)

"Ce n'est ni vrai ni faux: c'est gratuit. On peut dire oui. On peut dire non. Mieux, on peut ne rien dire du tout sur cette grave question. Sous peine de laisser apparaître, sous la réaction qui se fait jour contre le relâchement de la langue, une confusion plus pernicieuse et plus grave, qui est le relâchement du langage: sous les apparences du bien écrit, voilà bien des minauderies et des mots du dimanche. Il sont au classicisme ce qu'est le faubourg Saint-Antoine au Musée Carnavelet. On a vu ainsi, à la fin du siècle dernier, contre les outrances d'un naturalisme caricatural, des plumes délicates pleurer les feuilles mortes et les enfants mélancoliques.

Le bien écrit, et le mal écrit, sont, au vrai, également étrangers à la littérature: ils ont en commun de faire semblant d'écrire. Un homme qui rédige la phrase qui trône ainsi sur la couverture de son livre croit revenir des contrées vierges où se déchiffrent nos secrets. Rien du tout: il arrive de banlieue, où le terrain vague se prend pour une oasis, le poétique pour la poésie, le joli pour l'invention. C'est un explorateur qui raconte son voyage; il croyait regarder par la fenêtre: c'était son miroir."

 

"Les fautes qui suivent n'arragent rien. Elles privent l'auteur de l'alibi, fâcheux mais défendable, du purisme. Il y aurait une thèse à faire sur la grande scène de ménage que se font, de plus en plus criante, le purisme et la pureté, comme sur le progrès conjugué de l'inculture et du pédantisme: un français qui s'abâtardit n'a de cesse de faire étalage de ces adjectifs rares et pluriels savants, scénarii, impresarii, et autres tournures "obsolètes" et "atypiques" qui voisinent avec le barbarisme de routine et le solécisme à tout faire. Par exemple: "C'est toujours de l'amour dont nous souffrons", comme dit artistiquement M. Bobin, qui ne semble pas gêné par ces deux génitifs qui se regardent comme deux ivrognes en bagarre. M. Bobin s'offre même le luxe d'une autre faute, qui n'est pas contre la syntaxe, mais contre le sens: il est évident que, selon sa phrase, nous ne refusons pas de croire à notre souffrance; nous l'ignorons. Ce qui devrait s'écrire, non pas "quand nous ne croyons souffrir de rien", mais "quand nous croyons ne souffrir de rien".

  1. Christian Bobin était parti en navigateur de la poésie, il se retrouve en explorateur du charabia.

     

(le figaro littéraire. 11 mars 1994.)

Renaud Matignon "La liberté de blâmer..." Ed Bartillat 1998

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Renaud Matignon "La liberté de blâmer..." Ed Bartillat 1998

 

Aspiré par l'universel cabotin, Christian Bobin dans son livre L'Inespérée cultivait le genre penseur et nous offrait cette sentence éternelle.

"C'est toujours l'amour en nous qui est blessé,

c'est toujours de l'amour dont nous souffrons

même quand nous ne croyons souffrir de rien."

 

Ce commentaire avisé ne réclamait pas moins que la quatrième de couverture du dit bouquin inespéré.

Tout était alors pour le mieux vous en conviendrez, mais l'ouvrage fut envoyé à Renaud Matignon, qui officiait à l'époque (1994) -et ce depuis perpète- comme critique littéraire au Figaro.

9782841001781FS

Il en rédigea un article intitulé "Les mésaventures du charabia"

J'en recopie une petite sélection pour mon douteux plaisir.

 (...)

"Dans ce ton léger, à peine plaintif, à peine élégiaque se devine aussitôt une arrière-pensée d'aphorisme, une sorte d'aspiration à l'universel en même temps qu'au charme des mots employés pour le seul plaisir qu'ils dispensent. Toute phrase, si peu que ce soit, est déjà un manifeste: ici s'annonce, délibérée ou implicite, une prétention au classicisme, et le désir d'affirmer les droits de la littérature, voire de la poésie, loin des jargons et des messages qui continuent de barbouiller le papier imprimé, loin aussi du débraillé qui essaie vaille que vaille de s'ériger en ersatz du style. Qu'on accumule, en trois ligne, l'emphase et les fautes de français, c'est un peu embêtant, quand ces trois lignes sont censées être des émanations de la qualité littéraire retrouvée"

(...)

"Ce n'est ni vrai ni faux: c'est gratuit. On peut dire oui. On peut dire non. Mieux, on peut ne rien dire du tout sur cette grave question. Sous peine de laisser apparaître, sous la réaction qui se fait jour contre le relâchement de la langue, une confusion plus pernicieuse et plus grave, qui est le relâchement du langage: sous les apparences du bien écrit, voilà bien des minauderies et des mots du dimanche. Il sont au classicisme ce qu'est le faubourg Saint-Antoine au Musée Carnavelet. On a vu ainsi, à la fin du siècle dernier, contre les outrances d'un naturalisme caricatural, des plumes délicates pleurer les feuilles mortes et les enfants mélancoliques.

Le bien écrit, et le mal écrit, sont, au vrai, également étrangers à la littérature: ils ont en commun de faire semblant d'écrire. Un homme qui rédige la phrase qui trône ainsi sur la couverture de son livre croit revenir des contrées vierges où se déchiffrent nos secrets. Rien du tout: il arrive de banlieue, où le terrain vague se prend pour une oasis, le poétique pour la poésie, le joli pour l'invention. C'est un explorateur qui raconte son voyage; il croyait regarder par la fenêtre: c'était son miroir."

 

"Les fautes qui suivent n'arragent rien. Elles privent l'auteur de l'alibi, fâcheux mais défendable, du purisme. Il y aurait une thèse à faire sur la grande scène de ménage que se font, de plus en plus criante, le purisme et la pureté, comme sur le progrès conjugué de l'inculture et du pédantisme: un français qui s'abâtardit n'a de cesse de faire étalage de ces adjectifs rares et pluriels savants, scénarii, impresarii, et autres tournures "obsolètes" et "atypiques" qui voisinent avec le barbarisme de routine et le solécisme à tout faire. Par exemple: "C'est toujours de l'amour dont nous souffrons", comme dit artistiquement M. Bobin, qui ne semble pas gêné par ces deux génitifs qui se regardent comme deux ivrognes en bagarre. M. Bobin s'offre même le luxe d'une autre faute, qui n'est pas contre la syntaxe, mais contre le sens: il est évident que, selon sa phrase, nous ne refusons pas de croire à notre souffrance; nous l'ignorons. Ce qui devrait s'écrire, non pas "quand nous ne croyons souffrir de rien", mais "quand nous croyons ne souffrir de rien".

  1. Christian Bobin était parti en navigateur de la poésie, il se retrouve en explorateur du charabia.

     

(le figaro littéraire. 11 mars 1994.)

Renaud Matignon "La liberté de blâmer..." Ed Bartillat 1998

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01 décembre 2011

Charles Bradley and The Menahan Street Band/ Le temps machine 3/11

Le rapport entre Charles Bradley et Max Weber? (Où entre tes fesses et les mouches? )

 

Non mais, ça fait partie de ses moments que forcément on raconte au sortir d'un concert. On passe d'abord, avec une tendresse non feinte, si si, nous voilà magnanime et impératrice, sur le peut-être niveau un peu léger du Menahan street band,

C'est que, niché dans un coin du bulbe, dans un coin agressif, vilain, prompt aux raccourcis (1), on ne peut s'empêcher de penser au groupe maison, emblème de Daptones records, les Dap-Kings. Car oui il y a des choses à sauver dans ce mouvement revival 60', et les disques de Sharon Jones accompagnées des dapkings méritent ce traitement. En vérité, je vous le dis!

 D'autant plus, couardise obligeant, Sharon est une ancienne matonne et qu'elle doit donc encore avoir un seyant coup de gourdin.

Alors le menahan street band en comparaison? Ok c'est un peu la pâtisserie qu'on fait soi-même. Enfin je veux dire celle où l'on presse le sachet avant de, euh attention pas de gaffe, concentration extrême, beurrer le plat et enfourner courageusement. Et voilà quoi, ils sont pas vraiment tight. Serrés. Ça suinte sur les bords.

Le fait est que le répertoire du père Bradley se rapproche volontiers du son de James Brown version 64, c'est à dire un chouya avant out of sight, une once avant papa gots. L'essence pure du rythme est encore en seconde peau, et pour ce qui est de matraquer le groove comme un possédé forcené ( ce qui ne facilite pas la vie sociale), il va falloir attendre encore un peu.

En quelque sorte, Charles Bradley reprend les choses à cet endroit, et s'y coltine humblement.

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C'est son coup, c'est son moment, et il le fait à chaque fois. Son truc en plumes quoi.

Il vient littéralement chialer sa mère dans le public. il vient vous bazarder dessus une bonne liasse de larmes vertes. In God we trust.

Le fait est que les larmes n'adhèrent pas aux plumes.

Alors après au bar, évidemment comme il ne faut jamais louper une occasion de se la péter, on essaye de faire le rapprochement avec Max Weber, bin oui mais c'est bien sur ducon! Il s'efforce de rendre hommage à son dieu, et tout celà est matérialisé par la somme d'argent qu'il va pouvoir amasser! Y a de ça. Bien qu'il fasse pas la quête non plus.


La bonne parole n'est pas imposable


"Il y a une scène que je n'oublierai jamais. J'aimais bien Tom Jones et c'est au cours de cette tournée avec Little Richard que j'ai fais sa connaissance. On faisait la route depuis trois semaines ou un mois, Little Richard était d'un abord facile, il l'est toujours, et on se marrait bien avec lui. Mais à cardiff, Tom Jones et son groupe, The Squires, ont débarqué, et ils avaient cinq ans de retard. Ils se sont pointés un soir dans la loge de Little Richard avec leurs manteaux en léopard avec col en velours noir, capes, tout l'attirail des teddy boys, en procession présenter leurs respects. Tom Jones va jusqu'à poser un genou à terre devant lui comme s'il s'agissait du pape. Bien entendu, Richard saute sur l'occasion: " Mes garçons!" Les visiteurs n'ont aucune idée qu'il est pédé comme un foc, donc ils ne savent pas comment prendre ça. "Oh baby, t'es une vraie beauté, toi!" Choc culturel total, mais ils sont tellement bluffés par Richard qu'ils sont prêts à tout accepter. Là, il me lance un clin d'oeil et un petit signe de tête: " Oh j'adore mes fans! Je les adore! Oooh, baby!" Le révérend Richard Penniman: ne jamais oublier qu'il est issu de l'Eglise du gospel, comme la plupart de ces gars. On finit tous par chanter "Alléluia" à un moment ou un autre. Al green, Little Richard, Solomon Burke, ils ont tous été prédicateurs. La bonne parole n'est pas imposable. ça a très peu à voir avec Dieu et beaucoup avec le fric."

Keith Richard "life"


Mais quand bien même il y a légère filouterie, il y a aussi, à mon sens , prime beauté dans son geste! Dans ce registre du pire pathos qui vient se mêler, qui vient s'entremêler avec vous, se frotter un peu vulgairement, mais qui vous donne à voir, à ressentir une opération de sublimation. 

Alors pour une bonne opération de sublimation!

Prenez un bon public prêt à s'enthousiasmer parce que tout de même il a payé fopadéconné.

Quelques coeurs meurtris

Des cris, des râles, entremêles d'arpèges déchirants

des volontés incroyables de changer sa vie, de se remettre sur les rails 

Saupoudrez d'idéalisme béat

et c'est torché!

(On peut aussi penser avec Yvan Audouard que "l'exploitation de la bêtise n'est pas à la portée du premier imbécile venu.")

 Mais voilà une assemblée de fidèles des illusions de la Soulmusic sauvée par la Maison Charles Bradley.

Le tempsmachine vaut bien une messe. Youpiya.


(1) IMPORTANT: Si sur la route, c'est un choix qui vous appartient, Il ne faut surtout ne jamais prendre de raccourcis lorsque vous pensez dans le dedans de votre tête et qui plus est en public. Il est en effet, très mal-appris de prendre un raccourci et de venir claironner son saoul tout fiérot, alors que la plupart sue sang et eau sur un chemin neuronale boueux. (A part dans l'histoire d'Abel et Cain certes, mais il n'appartient pas à tout le monde d'être le chouchou de dieu.)

 

On ira voir plein de belles photos de l'événement ici même.

Viens dans mon site on est déjà 4 (enfin... si t'es avec 2 potes...)...


 

 

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22 novembre 2011

The Sunmakers/the messerchups au Temps-machine 18/11

 

Bon dieu la frousse, je n'en finissais plus crapoter lorsqu'enfin, et faisant oublier d'un coup le délicat débat à propos du taux de moustachus admettables et de comment-qu'on-voit-trop-bien-la-quéquette-des-mecs-dans-les-pissotières-que-va-y-forcément-larchitecte-il-était-homo-

The Sunmakers  ont alors

A) commentés avec moultes précisions le prochain parcours du tour de france

B) égorgés un conseiller clientèle sfr

C) démarrés en fanfare!

p

 

On plante le décor dans un fossé. Temps Machine, dans la riquiqui salle, oui celle où l'on peut à peine mettre 30000 personnes. Juste à côté du bar, oui vous savez ces endroits digne de thomas more, où l'on peut matter le dos accolé au comptoir, les deux coudes en position de skieur. Ca fait palpiter la raison honteuse, mais pour le concert de messerchups, la position, apprennez, nous combla. (tant qu'on repartit le pull plein de bières)

The sunmakers c'est du rock sixties, mais dois-je vous faire remarquer que sixties est un terme qui peut épouser plusieurs sens. Bien lui en fasse le polygame, mais là il faut imaginer des planches de surfs griffant du bitume frais, des bananes oxydées fondant dans des bouches sans dents, imaginez aussi un forum d'anus cousu avec de la menthe fraîche. Euh non, laissez tomber la menthe fraîche et écoutez plutôt ça.

http://vimeo.com/15869538

 

Bref ils sont cool putains. Ils ont secoués la salle avec passion et tendresse, et ont fait chavirer nos énormes coeurs pleins de gras. On n'osait en demander tant voyez-vous, et même si personne n'était encore vraiment saoul, déjà y'avait un peu des bouts d'ivresse dans le ragoût. En sus le chanteur-guitariste a une belle et un peu étrange voix. 

 

 Et ensuite, et alors qu'il y avait quelques rumeurs d'annulation.

Toute espérance est violente.

The messer chups ont

A) réalisés un concert chiant bien que pénible

B) réalisés un concert chiant bien que pénible

c) réalisés un concert chiant bien que pénible

 

Prochaine soirée au temps machine, jeudi 24 french lonesome cowboy et bonvoyage.

 

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09 novembre 2011

Un chant d'amour pour monsieur Joe Henry

La vie a quelque chose de magique. 

Bon, on laisse aux gens le temps de s'expliquer avant de se moquer.

188551

Alors que depuis quelques années, et de secrètes façons, j'avais une prémolaire qui poussait contre Joe Henry, la découverte et singulièrement l'écoute, en totale pâmoison dimanche soir de son petit dernier Rêverie m'a remis en selle ô moi, cow-boy de l'infortune! Depuis, j'y crois, un jour je serais le premier Homme dans ta lune chérie.

Bon dieu, encore une phase maniaque?

Planche_bd_9856_GEORGES ET LOUIS

C'est qu'en fait, de secrètes façons et en soutenant l'inverse dans tout les salons de la crasseuse mondanité mondiale, je commençais à être un peu saoulé par Joe Henry. Je ne comprenais plus où il voulait en venir. Je l'ai découvert par Scar et, avec mauvais jeux de mots, la trace était profonde. (Scar=cicatrices) Comment oublier et pourquoi oublier la percée monstrueusement belle d'Ornette Coleman, ces grooves lettrés et léchés par de fort jolies langues portés, entre autres, par la scandaleusement indolente Meshell? 

http://www.youtube.com/watch?v=75eF9prSLRU

C'était alors l'été, et je déambulais la nuit dans les rues du Mans (moi aussi je suis l'âme du mans ouuu ouuu salut Jean-Luc le ténia! L'âme est vraiment immortelle permet-moi d'espérer petit bout de slip), avec mon discman, et j'ai des souvenirs précis de rues, d'emballements indécents. Je revois mon coeur avoir envie de se faire la louis malle de ma poitrine sur Cold enough to cross, je me revois m'imaginer que la vie semble pouvoir être jouable sur Edgar bergen. Personne a dit que t'allais gagner garçon mais c'est jouable! Tout ça était joyeusement carte vitale!

Je tannais alors tout ce qui pouvait bouger sur internet comme irl ( in real life) comme on disait alors. Eh oui à l'époque, internet c'était internet, c'était pas le web2. On ne confondait pas avec la vie réelle! On pouvait alors élégamment s'adonner au sexe virtuel.

On aura compris, malgré mes vifs efforts de dispersion, cet album m'avait bien allumé le calumet. J y avais senti, modestement alors, à l'époque je n'avais aucune connaissance musicale, une..., comment dire autrement, une supériorité? Je tremble de peur de ne trouver le sommeil ce soir en écrivant maintenant ces quelques lignes...Le cadavre de Bourdieu viendra t-il me rejoindre dans mon pieu (ça m'embéterait venant tout juste de changer les draps)  me reprochant mon évident complexe de classe?

éléments pour une critique vulgaire des critiques pures 

le dégoût du facile

le refus de tout ce qui est apparaît par trop facile, car volontiers-enfantin, primitif, trop aisément décodable, reconnaissable par avance,

préjugé platonicien en faveur des sens nobles, refus

le joli est ce qui flatte.

( notes perso arrimées de "la distinction")

 

Depuis, les albums qui ont suivis, ne m'ont jamais fait le même effet que Scar. Et comment ils auraient pu je ne vous le demande pas?!

Tiny voices m'avait tout de même surexcité à la rentrée 2003 mais s'avérait peut-être un peu confus, Civilians de 2007 m'apparaissait sec comme un stérilet de prof de lettres anciennes. Tout cela est affreusement gratuit et ne vise personne dans le monde réel. Blood from stars de 2009, alors là c'était le pompompidup, me plongeait parfois dans un abîme d'ennui. J'aurais alors du comprendre la céleste phrase de Jacques Rigault sur l'ennui comme lieu véritable de l'être.

Et voilà mes braves salariès, ces albums avaient beau être fourrés de merveilleuses chansons, de musiciens terrifiants, je n'y comprenais rien ( J'ai redoublé ma cinquième en même temps vous savez...), et en plus, ah les cons c'était pourtant simple, il n'était pas Scar!

Il fallait réparer cette blessure d'où j'avais jailli à l'époque, ce vagin d'où je m'étais extrait, ouais ouais mon origine tout ça...Putain c'était avant le 11 septembre! Rendez-vous compte! Dingue!

Euh ouais on s'en fout en fait.

Par contre la thématique du, ah mais comment un artiste peut-il survivre à un chef d'oeuvre a j'imagine déjà du être traitée aux pesticides? Eh bien, cruelle faute de l'histoire des idées, point encore par me, myself and I, ce qui me donne donc une bonne raison pour continuer à pérorer.

En pondant un autre chef d'oeuvre qui redonne sens à tout le reste de l'oeuvre. La réponse sans plus attendre, ça c'est du swing!  Eh oui les coco(ttes)! Pas compliqué la vie pour les génies. Que vais-je encore faire aujourd'hui qui portera trace de mon don divin? M'essuyer le fondement avec un canari mort? Lécher le visage d'une vieille femme à la caisse du monoprix? Prendre un enfant par la main et l'emmener vers demain?

On s'en fout, tout est possible, vous êtes génial. L'histoire jugera et jugulera et maintenant l'histoire c'est moi. Vive la blogocivilisation gniarfgniarf.

Rêverie est une tuerie. Un camp de concentration d'émotions lourdes comme mes analogies. Cet album éclate en moi comme lorsque marina en ce2 m'avait fait un dessin où elle m'invitait à lui mettre mon zizi dans les fesses. Dois-je cependant désormais lui bazarder du Franky Vincent sur son mur facebook telle est la question?

Rêverie est d'abord un son. C'est bien aussi, quand on y pense pour de la musique. Cet album, enregistré en deux jours je crois, dans la maison de Joe en Californie possède une texture qui vous redéfinit l'usage de votre appareillage. Il faut absolument l'écouter sur une chaîne correcte, en laissant le son s'échapper, vivre, rebondir sur les murs, faire claquer ses talons aguicheurs sur votre parquet lustré de cyprines de bonnes à trousser vivement, bandes de bourgeois pervers...

Laissez le vivre sa vie comme le chantait l'inimitable (et c'est heureux) Frédéric François. Cet album vous choisira, s'imposera à vous comme une femme québécoise. Non mais n'importe quoi les à priori je sais.

Rêverie est-il le meilleur album de Joe Henry? Surpasse t-il Scar? Ça n'est pas le moment de se prononcer là dessus. Par contre, je veux bien que la turquie rentre dans la zone euro pendant que la grèce se casse si toutefois, vous tenez vraiment à ce que je passe à table. Qu'est-ce qu'on boit putain?

Ce soir, je réécoute Civilians, et je suis dans un état d'excitation tout à fait suspect. Qu'est-ce que j'y comprends sinon que grâce à Joe henry et  Loudon Wainwright IIIBill FrisellGreg Leisz, and Van Dyke Parks. je reprends pied sur terre, je m'arrime à du merveilleux. Pas géné le gars je sais.

Je serai certes bientôt ré-éjecter, je repartirai (Maman pourquoi m'as tu laissé tomber de ton ventre chantait Polac) alors vers mon destin de plancton nourrir de plus gros bazars que moi mais là, pendant quelques instants, j'ai ma petite place bon dieu. Je comprends quelque chose dans les ténébreuses floraisons du sens. Qu'est-ce que j'y comprends encore, à part que j'ai la sensation d'entendre un son qui m'admet en lui. Plus besoin d'aller aux putes, plus besoin de prier dieu, c'est là, sur terre et maintenant, hic & nunc dirait Frederic Lordon (1)! 

 Alors Je ressens. Je ressens bon même.

Merci gros, merci Joe.

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(1) C'est là une fine allusion de l'auteur a une facheuse tendance qu'à Lordon de coller des machins latins partout en s'imaginant que tout le monde téte ça peinard et sans effort.









 

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23 novembre 2010

Prendre les choses en Main

Éloge du carburateur

Essai sur le sens et la valeur du travail de Matthew B. Crawford.

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L'essentiel du propos du bouquin repose sur le constat suivant; ce qu'on nous vend aujourd'hui comme "la société de la connaissance" ne rime pas nécessairement avec intelligence. L'ensemble des boulots dit de bureaux tels que tout ces trucs de ressources humaines, de marketing, de trading, de think tank, souvent derrière une terminologie et des mots d'ordres un rien vagues ( "révolution technologique", "société post-industrielle" "informatique décisionnelle") cachent en réalité une misère. Misère car ils déjouent à la base même, le jeu que peut permettre le travail dans la construction de l'être. Celui qui permet en transformant le monde de se transformer soi-même.

On peut, au demeurant, critiquer ce positionnement philosophique sur la base de positions gnostiques, de refus du progrès, d'abandon de toutes ambitions, ou encore d'une certaine inclinaison perverse au bouddhisme. Tout cela est sans doute follement respectable, mais je l'avoue, me dépasse un peu, tant il est vrai que ma névrose repose avant toute chose sur le virus socratique classique; le culte de l'excellence, de la vertu. Ce qui ne sous-entend, en aucune façon, que j'y atteigne en quelque façons que soit.Bien que je me défende à Mario-Kart ceci-dit.mario_kart_ds_20050515002459596

 

Matthew B.Crawford est un type doté d'un parcours assez fantastique. D'abord apprenti mécano ou encore électricien du temps de son adolescence, il a ensuite, tout en continuant à se passionner pour la mécanique, suivi des cours à l'université de Chicago pour enfin au final décrocher un doctorat en philosophie politique. Au terme de son parcours universitaire il s'est donc retrouvé à essayer différents types de métiers dit de "l'économie du savoir". Ainsi un beau matin de 1992, il fut engagé dans une boite dont l'essentiel du boulot était de produire des résumés d'articles scientifiques tirés de revues universitaires, à les indexer selon des catégories prédéfinies et à les vendre par cd-rom ( yo back to the 90'!) à un réseau de bibliothèques via un réseau baptisé Infotrac.

  A l'orée de ces jouissances bureaucratiques, les illusions sont belles et grandes "J'étais devenu un travailleur de la connaissance. J'y voyais une occasion rêvée d'explorer les frontières du savoir, d'acquérir une vision synoptique d'une série de disciplines (...)".

Matthew ne cache pas qu'au départ il se sent légèrement porté, voire même euphorique un rien le garçon. Ainsi il estime avoir "attrapé le train du monde", il accueille avec un enthousiasme non feint la perspective d'avoir un bureau rien qu'à lui. Il se sent par là "profondément honoré: on m'avait fait une place, une place réservée à moi tout seul (...), c'était là que j'allais enfin penser (...) mes pensées seraient désormais ma contribution irremplaçable à un projet commun (...) la géométrie régulière de ces espaces de bureaux cloisonnés me donnait l'impression d'avoir enfin trouvé ma place dans l'ordre des choses; leur étendue élargissait mon horizon. Je décidai de porter une cravate."

Notre pauvre héros ne tardera pas à déchanter. Il découvre les délicats soucis alchimique qu'il y a à vouloir transformer du savoir en information. Il lui faut ainsi compresser jusqu'à dénaturer. Le sujet n'a plus d'importance, ce qui compte ainsi seulement à cette aune est la transmission.

Il constate, charmé l'on s'en doute, que plus que son intelligence, ce qu'on lui demande est une application docile de méthodes (très vite il lui fallu résumer près de 30 articles par jours), de bien connaître son kata pour ce qui est de la dissimulation et avant toute chose une excellente tolérance à la contradiction.

La tolérance à la contradiction étant l'une "des caractéristiques personnelles les plus prometteuses" selon les abrutis du management.*

Il est surtout ahuri du peu de contrôle de qualité. Il ne sent soumis à aucun critère extérieur objectif. En d'autres termes lorsqu'il travaillait à réparer des autos, à nettoyer des carbus, à se pencher sur une machine pour lui redonner vie, il se voyait ainsi confronté à toute une série de problématiques mettant en jeu sa capacité à penser, à envisager de multiples interactions ( est-ce le vilebrequin qui branlotte? Faut-il d'abord dépoussiérer le carbu? Ce moteur de Chevrolet n'aurait-il pas subi des transformations par un garagiste nippon ni mauvais?). Bref Il ne répare plus les violons, il pisse dedans.

A rebours de son éthique intériorisée dans les ateliers, sa nouvelle profession lui apprend la deresponsabilisation d'un feed-back quasi inexistant.

Il évoque aussi, le pathétique du quotidien des managers le plus souvent occupés à gérer l'image que l'on peut avoir d'eux, ils parlent de leurs rôles finalement assez déroutant de manipulateur du logos. Les managers se trouvant ainsi à devoir perpétuellement "préserver une marge d'interprétation au cas où le contexte changerait (...)." Tout discours étant bien entendu flexible et relevant d'un "caractère provisoire". Plus loin, il évoque, à mon sens avec beaucoup de pertinence, l'une des conséquences de cette absence de critère objectif, de cette absence de rigueur terminologique, lorsqu'il narre le langage particulièrement salé qui accompagne tout chantier réalisé dans la bonne humeur. Il traduit cela par le simple fait que l'objectif de travail étant clairement défini le plus souvent alors " vous disposez de critères objectifs pour évaluer votre propre contribution indépendamment des autres, et ce sont ces mêmes critères qui serviront à vos camarades pour vous juger." Vous êtes alors moins tentés par le royaume des faux-semblants, la liberté de parole en devient de fait bien plus grande. N'importe quel pauvre diable qui ,pour son malheur, aura pu fréquenté une ambiance de bureaux, comprend bien cette donnée contemporaine ou plus exactement cette triste merde.

On peut lire ce bouquin comme avant tout un plaidoyer pour les pratiques manuelles. Il dénie ainsi les arguments de coût d'opportunité qui prévalent en économie. C'est à dire de la perte de temps qu'il y aurait à fabriquer ce que l'on peut trouver dans le commerce. Il convoque ainsi pour cela tant l'ontologie d'Heidegger "l'être est à porté de main.", qu'il raille ces engouements incessants pour la société post-industrielle. Il ne la dénie pas, tant il est vrai qu'énormément d'emplois ont migrés sous d'autres cieux, mais si toutefois vous avez besoin de réparer quelque chose ( plutôt que de racheter un truc nouveau! Truc de geudin!) les ouvriers chinois vous seront alors peu utiles. Ce que l'on pourrait commenter par un délicieux et laconique; "rien d'étonnant à cela, ils habitent en chine."

L'un dés propos les plus vifs de l'ouvrage réside à mon sens dans l'analyse vitale que fait l'auteur de la relation que doit entretenir l'homme et les objets qui l'entourent. Ils nous posent la question de notre démission comme utilisateur. Il analyse, même s'il ne le fait pas dans ces termes ( à ce titre cette "chronique" est tout sauf un résumé, je n'ai pas d'impératif qualité de ce genre, j'assume ma pathétique idée de la subjectivité) la transition qu'il y a entre amateur et consommateur. "Pour avoir la moindre prise sur le monde, intellectuellement parlant, ne nous faut-il pas aussi avoir un minimum de capacité d'agir matériellement sur lui?" Ne faut-il pas apprendre à se servir de ses propres affaires? À les entretenir? L'autonomie est à ce prix. L'auteur en effet est américain ( Clint Eastwood, Cow-Boy Solitaire, Ethique Protestante tout ça tout ça). Je perçois à ce titre un intérêt pour le collectif peut-être moins premier que sous d'autres latitudes...( Cet intérêt déplacé n'étant peut-être pas moins efficient mais c'est un autre débat, tas de communistes!)

Il déclare son primat individualiste,au hasard je crois de sa conclusion, révélant ainsi son but éthique premier dans l'existence "identifier les interstices au sein desquels la capacité d'agir des individus et leur amour du savoir peuvent être mis en OEUVRE dés aujourd'hui, dans notre propre existence"

De manière générale une œuvre (du latin opera "travail") est l'objet physique ou virtuel résultant d'un travail. (wiki)

Ce bouquin est très riche et je ne l'évoque, à ma grande honte, que très superficiellement. Pour les plus curieux je renvoie au sommaire que mes petits doigts, manipulateur du monde tel un démoniaque artisan, vous recopie, ci-dessous, bien gentiment.

Pour les plus curieux d'entre-vous, apprenez que Matthew va bien aujourd'hui et qu'il dirige son propre atelier de réparation de motos.

 

*Frank J.Landy et Jeffrey M. Conte " Work in the 21st Century: An introduction to Industrial and Organizational Psychology" 2007, Blackwell publishing.

 

1- Bref plaidoyer pour les arts mécaniques

Les bénéfices psychiques du travail manuel

Les exigences cognitives du travail manuel

Les arts et métiers, et la chaine de montage

L'avenir du travail: retour vers le passé?

 

2-Faire et penser: la grande divergence

La dégradation du travail ouvrier

La dégradation du travail de bureau

Tout le monde peut être Einstein

Portrait de l'homme de métier en philosophe stoique

 

3-Prendre les choses en main

Portrait de la motocyclette en monture rétive

Petit traité de lubrification: de la pompe manuelle à la loupiotte du crétin

Responsabilité activive ou autonomie?

Nostalgie précuisinée

Le décentrement du faire

 

4- l'éducation d'un mécano

L'apprenti apprenti

La théorie du lacet

Le mentor

La mécanique comme diagnostiv médico-légal

Un savoir personnalisé

Percer le voile de la conscience égoiste

L'idiotie en tant qu'idéal

 

5- L'éducation d'un mécano ( suite) d'amateur à profesionnel

Fred l'antiquaire

Shockoe Moto

L'art de la facture

Honda Magna et métaphysique

 

6- Les contradictions du travail de bureau

Indexer et résumer

L'apprentissage de l'irresponsabilité

Interlude: à quoi sert l'université?

Le travail en équipe

L'équipe et le chantier

 

7- la pensée en action

Entre la loi d'ohm et une paire de chaussures boueuses

Le savoir tacite du pompier et du maitre d'échecs

Technologie intellectuelle et connaissance personnelle

Le manuel de service en tant que technologie sociale

 

8- Travail, loisir et engagement

Le monde du speed-shop

Travail et communauté

La plénitude de l'engagement

 

Conclusion

Solidarité et indépendance

Solidarité et éthos aristocratique

L'importance de l'échec

L'agir individuel dans un monde commun

 

Ouf...

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25 septembre 2010

La Paluche Estival

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Fin juillet, à cognac même, je m'endormais le petit matin venu à la lisière du parc François 1ier. J'espérais ainsi sous l'égide du cavaleur monarque passer une sereine matinée de sommeil. Le soleil dardait déjà nonchalamment , et sans cependant lui prêter quelques visées commerciales notre-père-qui-est-en-feu semblait bien avoir un beau-frère dans le placement de climatiseur. Reste que la nature sous nos bienveillantes latitudes est rarement surprenante et comme par souci d'équilibre, laissons-nous aller au mysticisme, un homme à la libido bien chevillé au corps, entreprit de me divertir gaiement. Ce brave gaillard, qui était parfaitement Homme dans l'ensemble de son anatomie, avait l'audace et ce à quelques mètres de moi de se palucher vigoureusement.

Je ne sais combien de temps il me fallu pour me rendre compte du singulier manège élaboré par ce matinal désir sur pattes, mais je décidais de ne pas m'en formaliser. Au demeurant voilà un homme qui balisait érotiquement de sa sève un arc de cercle autour de mon corps. Ça ne m'était, étonnez-vous vous qui vivez à cent à l'heure ô admirables contemporains, encore jamais arrivé.

Enfin voilà ce qui se passait à ce moment-là et pour citer Thoreau afin d'arguer du fond de ma pensée sans trop me crever les neurones « Tout constitue un gain si l'on est éveillé. Rien ne compte, à moins d'être éveillé. Nul plaisir ne dure, nul succès ne nous satisfait, nul gain n'a de signification sauf s'il est accompli dans un état de vigilance.»

Je présentais et ce aussi peut-être parce que je m'étais couché, enfin vautré dans l'herbe sur le coup de 6h saoul comme un borloo, que ce désir masculin certes un rien démonstratif peut-être, ne pouvait au final véritablement ne se jouer que dans l'excès. La désaxe qu'avait plus qu'amorcée en moi la consommation alcoolique me permettait d'avoir le courage ( physique!) d'affronter la libidineuse situation.

Je ne tenais certes pas à le rejoindre  dans son épopée humide et profitant de la belle matinée je continuai à m'abandonner à un demi sommeil. Je ne manquai cependant pas de le surveiller gentiment du coin de l'œil, lui qui dans son magnifique short de l'Om ne semblait jamais être à court de nouveau placements, expérimentant devant moi l'infini d'un désir bien entretenu! Bon dieu il ne manquait pas de talent!

Vers midi, patatras! Une famille entreprit de venir pique-niquer dans notre coin! Je vis mon ami, sans doute pour le coup la queue un peu basse, gentiment décamper. La qualité de mon sommeil s'en ressentit clairement... Au délicat bruit du frottement d'une main huileuse et d'une respiration délicieusement saccadée, mes oreilles durent s'habituer à des considérations sur la fin du tour de France et à l'incessant craquements des paquets de chips.

Ce cauchemar prit tout de même fin au bout d'une petite heure et mon jeune ami, jeune par sa prime sauterie j'entends, revint presque à peine la dernière chips avalée. Un peu plus loin de moi cette fois ci et gardant son short, il entreprit de se palucher en intérieur, et j'entendais ainsi depuis sa voiture quelques cris qui sans être équivoques, peut-être pratiquait-il je ne sais quel bricolage?, me semblait tout de même hautement significatifs. Ma grasse mat dés lors était pour ainsi dire finie. Sa fidélité ayant pour le coup définitivement fini de me séduire, j'entreprenais alors de petit-déjeuner prestement d'un biscuit fondu au chocolat, et me levant presque machinalement sans spécialement prévoir la suite des opérations je me dirigeai vers lui.

Sur ses pas, peut-être y avait-il dix mètres entre nous à ce moment-là, je me sentais telle une princesse filant vers ses sujets, je me savais l'orbite, la matrice, le nœud, j'étais ce singulier objet du désir, oui c'était moi! Et j'allais me présenter dans toute ma simplicité géniale.

Fort originalement sa voiture était toute peinturluré au couleur de l'équipe de footbaliste de Marseille! Ce petit détail ne devait malheureusement pas m'ôter de la trogne un rictus moqueur tout du long de notre entretien. Je commençais par lui demander un peu d'eau! L'homme, culotte remontée, fut un vrai ange à mon égard, se proposant instantanément de me faire découvrir sa ville!

Bon...Le monde extérieur est le monde du risque. Qui veut prendre du plaisir prend le risque de se prendre quelques belles taloches. Certes il est un remède à ce genre de stratégie, cela s'appelle l'ennui, mais ce n'était pas son jour, même l'ennui parfois a le droit à une petite rtt.

Je montais donc dans sa voiture, l'homme était d'une cordialité sans défaut. Son véhicule, dans aucun détails ne semblait avoir échapper au service marketing du club olympien ( ce qui me fit dire bien évidemment «alors comme ça on est supporteur du psg?» blague qu'il prit d'un rictus un peu courroucé) était qui plus est pourvu d'un écran vidéo à l'endroit du tableau de bord. Un rien crétin et sortant peu le dimanche, je demandais innocemment ce à quoi pouvait bien servir ce petit bijou technologique. L'homme devait me répondre d'un amusé « à me regarder des petites vidéos si tu vois ce que je veux dire!». Et je voyais ce qu'il voulait dire! Il est vrai que rien de notre petite aventure du matin ne devait bien sur être verbalisé, nous étions entres-hommes! Nous n'allions tout de même pas jacasser sur ce genre de choses, et si il était un fait que le désir était dominant et parfois nous malmenait le slip, nous n'allions pour autant faire fromage de nos jus.

L'homme me promena un peu, sa conversation était par contre il faut bien l'avouer un rien molle, et sans doute le frustrais-je un peu mais je finis tout de même par prendre la poudre d'escampette.

Il n'était guère pour moi plus qu'un enfant montrant son désir pour des bonbons à une caisse de supermarché, je n'avais pas à jouer les affolés. Mon intégrité physique que, j'acceptai de toute façon de jouer en dormant seul dehors, n'était pas réellement en cause. L'homme se mettait en scène et d'une certaine manière, même si je n'y fus pas sensible comme il l'eut souhaité, son désir en devenait dés lors solaire.

Je devais le revoir régulièrement les jours suivants. Ainsi le lendemain matin, plus calme cependant, il était là à me veiller bien gentiment. Je filais le saluer, le poids du passé entre nous nous liant singulièrement. Au delà du fait que parler de cul est toujours régénérant pour le sang, il me tenait de narrer cette histoire, peut-être d'une certaine manière purement masculine, qui pour autant ne se conjugue pas avec de l'agression. Cela passe certes par une mise en scène du désir un rien démonstrative, mais il ne m'appartient pas de déterminer le caractère normal ou non du bon déploiement et la visibilité à donner à la sexualité. J'étais pour ma part en position et d'en être interloqué et d'en être émoustillé et d'en être foncièrement bien amusé. Que mon camarade de l'OM en soit remercié!

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26 janvier 2010

Le narcissisme dans du papier journal

Il n y a rien à dire sur moi. Cependant partant de cette base vide je peux m'exprimer sur à peu près toutes choses.

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Je crois n'avoir jamais fais quelque chose sans penser à en parler après.

Depuis le temps que je me torture tant l'esprit que le corps, je puis dire deux choses:
1) Cette méthode d'introspection est médiocre.
2) Cela n'a que peu de rapport avec la moindre production de vérités.

Il m'arrive de me croire fort et assuré mais qu'une amoureuse détourne le regard et je me vide les boyaux dessus toutes séances tenantes.

De Jérusalem à je t'aime je ne connais personne que cela rende serein de s'adresser à un mur.

La rencontre amoureuse véritable est la crevaison de ma bulle narcissique.
La crevaison véritable de ma bulle amoureuse est la rencontre narcissique.

Dans une situation et même s'il m'arrive souvent de faire le kéké je sais que l'essentiel m'échappe. Cependant confronté à cette absurdité pour la tenue objective de ma conscience en tant que sujet je choisis la plupart du temps, si ma physiologie est correct ( ce qui s'entend en deux points- Sommeil et digestion correcte) d'en être content et joyeux.

Je picole en soirée pour oublier que je m'emmerde. Ça ne marche pas.

Je n'idolâtre personne mais j'aime bien aimer.

Je n'ai pas la prétention d'avoir la moindre originalité cependant personne n'y ne respire ni ne ressent à ma place. Ça ne me donne cependant aucun droit.

Je ne suis pas très malin mais cela tient plus à une peur de ce qu'une fidélité à la pensée me forcerait à changer plus qu'à de mauvaises connections synaptiques.

Je mens plus que je ne dis la vérité et j'aimerai bien vous y voir hé!

Je ne peux pas être triste sans rigoler un peu de moi tout de même.

J'écris car je suis totalement effrayé; c'est une espèce d'art poétique.

Je ne sais pourquoi je commande des capuccino je n'aime pas ça!

Il faut donner un nom au chose pour ne être absorbé par l'angoisse, je m'appelle trou noir.

Je ne cherche pas ma moitié, à la limite mon dixième.

Prochain billet, "émoi", ouf.

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15 janvier 2010

Miss tee-shirt mouillée. 1978


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Soft and Wet

L'un des meilleurs titres Disco-Funk toutes périodes confondues pour le père Prince.

À la première couvée, point d'œufs pourris à balancer au serpents. Au tout venant Groove s'établit d'or et déjà une manière Princière de trousser des chansons, cette sensation s'affinera au fil des ans et deviendra de plus en plus profonde et cohérente.

Dans ce morceau nous entendons de la musique dite Disco-Funk. Prince œuvre encore dans un style dont les contours sont clairement définis, il n' y a pour le moment peu de problèmes de représentation. (ça veut dire qu'on sait ce que c'est sans avoir besoin de se demander d'où ça vient mon lapin.) Bientôt il nous saura donner l'occasion d'entendre la différence Prince mais cependant jusqu'à l'album "1999" de 1982 nous sommes au cœur de l'adolescence de la musique Princière.

Il conviendra plus tard de revenir sur le déplacement qui s'opéra entre causalité et expressivité bien que des métaphores lascives soient difficile à ne pas débiter autour du passage de l'appropriation organique d'un instrument. ( Je dis n'importe quoi, ne le répétez pas, vous susciteriez la gène et l'incompréhension, et si vous étiez un jour au wc, bien embêté, personne vous donnerez du papier.) Imaginons juste que Prince se mixant son jus de carotte bientôt cela sera à proprement parler aussi sa musique, voilà pourquoi une note de pressing de Dali est un trésor.

Prince est un être profondément communiquant, il fait partie de ses musiciens pour qui chaque note est une occasion de parler, de se faire parler, de se mettre en scène. L'épanchement se voulant sans concessions, les tabous résonnent à ce régime de pensée comme un frein qu'il va s'agir de renverser. Cependant leurs renversements prolongent plutôt de fait, le souci de contrôle du sujet sur la représentation qu'il tente de donner du réel, plus qu'une ouverture vers un possible savoir jusqu'ici obstrué par le voile des tabous. En d'autres termes il y a un abysse abyssale entre la sincérité et la vérité. Le confondre est un écueil pathétiquement courant dans la veine rock'o'poétique du siècle dernier. Non mais, moi je dis les choses, faut pas me faire chier.

Prince ne déroge pas vraiment à cette règle de la confusion entre le "je vais tout vous dire" et "je vais la dire" cependant son esthétique devenant au fil des ans de plus en plus élaborée cette simplification grossière s'atténuera. La création de personnage, le jeu des multiples pseudos ( Camille, Joey coco, the Artist etc etc) sont d'intéressantes tentatives de se jouer de cette problèmatique.

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Cette printanière ode au joie du sexe est au minimum mignonne à souhait. L'humour rôde gentiment dans ces paroles bien délicates, nous ne sommes pas encore dans "Dirty Mind". Le jeune homme de 19 ans est bien chaste, et il n'y a guère que dans l'ouverture de la chanson qu'il se permet un

  "Hé, beauté, j'ai une canne à sucre
Que je veux lâcher en toi".

Au delà d'un régime spécial, type anti diabétique que pourrait suivre la beauté en question, il n y a pas là de quoi s'émouvoir particulièrement.

Tout cela se déroule sous le haut patronage de l'Amour et si clairement cet amour est convoité parce qu'il est Soft and Wet, le véritable nœud du désir, essence de pléthore de chanson, est une mise en scène de soi comme amoureux. L'amour produit des effets sur le sujet qui en est affecté, certains sont très comiques. L'un des principaux est de transfigurer et ainsi une réduction de sa perception sensorielle peut même arriver à en être souhaité.

"Et tout ce que je veux entendre sont tes doux soupirs d'amour
Tout ce que je veux sentir sont des flammes ardentes (hé, beauté) "


Du moins le personnage que se construit l'amoureux peut prendre plaisir à pareil comportements, voir même s'en vanter. Arrivé tant bien que mal à l'âge adulte le sujet humain est souvent très effrayé de la liberté qu'il a pu conquérir lors de son évolution, le fait de vouloir tomber amoureux et ainsi recréer rapidement une cellule familiale semble une stratégie fort ingénieuse pour ne pas perdre pied devant cette abysse. 
Significatif et amusant dans ce texte au demeurant anodin est le moment ou Prince déclare être effrayé par la perspective d'entendre son nom prononcé par l'être aimé.­

"Comment supporter quand tu dis mon nom? (hé beauté) ".

L'excitation incontrôlable déclenchée à ce redouté moment est un fameux exercice de narcissisme, et cela vient dire sans effet de style tapageur que Prince, avant tout chose est excité par la mutation de lui comme sujet et être dont la vision est forcément flottante, en réalisation souhaitée; à savoir un être porté par l'Amour et par ailleurs baisant gaiement.

Nous ne saurions lui en vouloir.


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06 janvier 2010

Madame la conductrice do u want my péni?

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Lady Cab Driver est le neuvième titre de l'album 1999 sorti par Prince courant 1982. Ce titre pose de manière amusante le délicat problème d'être dans un rapport de type commercial avec une tierce personne, pose que ce rapport est aliénant, désubjectivant et donne éventuellement une solution coquine pour s'en sortir.

La chanson commence dans une ambiance sonore typiquement urbaine, le sonotone repère aisément les indices habituels de cette condition, le brouhaha est incessant, la rumeur de la foule véhicule un stress conséquent, et les véhicules usent de leurs avertisseurs gaiement.
Maintenant entre en jeu notre héros, Prince, qui hélant et ce par deux fois un taxi tente de s'extraire de ce tissu urbain un brin trop décousu pour une âme qui semble t-il aspire à la quiétude. Le type de rapport que prince va tenter de d'établir avec la dite conductrice de taxi est tout à fait hors du commun.

"Madame la conductrice de taxi, pouvez-vous m'emmenez pour une balade?
Je ne sais pas où je vais parce que je ne sais pas où j'étais
"

Nous sommes clairement en présence d'une déclaration romantique, Prince confie être totalement en perte de repère, il convient donc qu'une autre personne prenne les commandes afin de lui assurer de ne pas sombrer. C'est une attitude que nous pouvons éventuellement demander d'un parent, d'un ami, nous pouvons fantasmer sur la perspective de trouver un guide dans une quelconque idéalité, mais le demander à un taxi est extra-ordinaire, le fait que ce conducteur soit une conductrice n'est peut-être pas anodin.

"Faites-moi sortir d'ici, j'ai l'impression que je vais mourir
Madame la conductrice de taxi, remontez votre vitre, vite
(...) le vent souffle dur et
Je ne sais pas si je peux tenir
"

"Madame, je suis si solitaire, je sais,
Ce n'est pas la bonne façon d'être
Je ne veux pas l'isolement mais l'air me refroidit
Conduis-le, baby, conduis-le, conduis ce démon hors de moi
"

Prince à l'époque de l'écriture de cette album est âgé de 23 ans, il est permit de penser que son sevrage est désormais bien achevé. Cependant le recours, la tentation de se réfugier dans le giron maternel est là, bien présent. C'est une solution qui se déploie plutôt de manière douloureuse, le pathos semble conséquent, le jeune héros perçoit qu'il est à côté de la plaque mais

"Emmène-moi dans ton hôtel particulier, mon chou, vas-y Partout
Aide-moi, je suis en train de me noyer
Il y a une masse de confusions dans ma tête
"
Accepteras-tu mes larmes pour payer la course ?
"

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La conductrice de taxi se retrouve donc ni plus ni moins qu'instrumentalisé par un jeune homme voulant voir en elle un palliatif maternel valable et si nous ne savons pas nécessairement ce en quoi peut constituer cet hôtel particulier qu'il nous soit permit de penser que cet établissement se situe en bordure d'un grand parc d'attraction très à la mode appelé régression.
A noter que ce client tout particulier, nonobstant de se fiche totalement de l'activité commerciale de son hôte décide tout simplement de ne pas payer et plutôt par ailleurs la faire payer comme nous allons le voir dans l'épique scène finale.

La stratégie semble alors avoir fonctionner, maintenant en sus d'une basse hypnotisante d'un beat précis et régulier d'une guitare striant gentiment l'oreille, vient se greffer les râles sans équivoques d'une jeune femme, il n y a plus de doute, notre jeune héros se tape la chauffeuse de taxi.

"C’est pour le taxi que vous devez conduire sans être du tout payée
C’est pourquoi je ne suis pas né comme mon frère, intelligent et grand
C’est pour les politiciens qui s’ennuient et croient en la guerre
"

La structure reposant sur l'utilisation répétitive du "c'est" est une invitation à saisir le mécanisme de la pénétration. Chaque entrée étant l'occasion fantasmatiquement parlant de renseigner la partenaire de ceux qui meut le cœur, de ce pourquoi il semble à ce jeune Prince légitime de se battre.

C’est pour la discrimination et les égoïstes qui se croient suprêmes
Et c’est pour tous ceux qui t’ont dit comment embrassé dans un jean de styliste
C’est pour - C’est pour - Pour ce que tu as à vivre
Cà, c’est pour les riches, pas tous les riches, juste les radins

La réflexion est tout azimut, derrière un aveux qui semble entrainé un danger pour la subjectivité suit immédiatement une quelconque bouffonnerie, néanmoins au terme de cette course (de taxi) et après un passage contemplatif autour des beautés de la nature ainsi qu'un délicat remerciement au créateur, par ailleurs perçu de manière totalement panthéiste, notre héros trouve une solution.

C’est pour le vent qui souffle sans se préoccuper de savoir s’il est rapide ou lent
De ne pas savoir où je vais
Cette galaxie, c’est mieux que de n’avoir nulle part où aller
Et maintenant je sais (je sais)

S'en suit un vibrant solo de guitare goinfré de distorsions qui ne laisse pas de doute sur la solution apporté: un puissant et conséquent orgasme pour nos deux amis.

Nous sommes au tout début des années 80, l'activité sexuelle non reproductive est souvent perçu comme une libération par rapport à une société par trop figée, le sida n'est pas encore apparu, du moins de manière médiatique, et c'est en tout cas la solution que choisit notre artiste pour s'extraire de son angoisse. Mêlé, fusionné avec sa partenaire, il tente de capter l'éternel d'une situation qui dans son immanence lui semble impensable et par trop flippante.

La chanson nous fait sentir que cette tentative est une totale réussite, c'est d'ailleurs en ce sens que cette production est une bombe de Funk malgré sa structure très narrative à priori peu compatible avec les canons du genre. Il reste qu'aujourd'hui le présupposé idéologique fait au minimum sourire, un peu comme de vouloir s'ouvrir l'esprit à la 8.6, la libération sexuelle est tout de même une chose bien étrange.


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